Description
La fracassante sortie de Robert Bourgi accusant la présidence Chirac
d'avoir été inondée d'argent occulte africain a suscité lundi une onde
de choc et bien des interrogations: si ce système a existé, a-t-il
commencé avant 1995 et s'est-il poursuivi après 2005 ? Sorti de
l'ombre par une interview fleuve au Journal du Dimanche, l'avocat
franco-libanais, contre lequel des plaintes en justice ont été annoncées
par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, s'est démené lundi sur les
radios (Europe 1, RFI, RMC), multipliant les détails croustillants sur
ce qu'il appelle le "côté obscur de la Françafrique". Une face
sombre qu'il dit avoir prise en charge après la mort en 1997 de son
"maître" Jacques Foccart, père fondateur, sous de Gaulle, de ce système
de relations troubles maintenues entre Paris et ses anciennes colonies
africaines. Se qualifiant de "repenti", terme à connotation tant
religieuse que mafieuse, l'avocat de 66 ans a évalué à "20 millions de
dollars" les sommes qu'il a personnellement remises au président Chirac
et à celui qui fut son secrétaire général à l'Elysée. Outre
les billets, sa besace était pleine de cadeaux, raconte-t-il, notamment
pour le grand amateur d'épopée napoléonienne qu'est M. de Villepin.
"Bustes de l'empereur, pièces rares qui concernent l'empereur..." "Il y a deux ans, il me semble que Dominique de Villepin a fait procéder à une vente", a dit l'avocat. Il admet n'avoir aucune preuve de ses accusations: "Dans ce domaine-là, il n'y a aucune trace". M. Bourgi a étendu son réquisitoire aux prédécesseurs de Jacques Chirac, "Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand".
Accusations réfutées pour ce dernier avec prudence par Laurent Fabius.
M. Mitterrand a-t-il touché de l'argent africain ? "A ma connaissance,
non", a répondu son ancien Premier ministre socialiste. Jugeant
que tout cela "pue", Manuel Valls, candidat à la primaire PS, veut une
enquête parlementaire sur "cette relation très particulière entre le
pouvoir des gens de droite - mais ça a touché aussi la gauche il y a
quelques années - et l'Afrique". Alors que M. Bourgi s'emploie à
exonérer l'actuel locataire de l'Elysée, qui lui a remis la Légion
d'honneur en septembre 2007, de ces circuits d'argent occulte, M. Fabius
a fait observer que Claude Guéant avait admis des conversations sur les
financements chiraquiens entre l'avocat et Nicolas Sarkozy. Un
proche de M. Sarkozy, qui prend ses distances avec Bourgi, a assuré à
l'AFP que cet avocat n'avait "jamais été conseiller officiel du
président" et "traitait surtout avec Guéant plus qu'avec le président".
Pour ce proche, M. Bourgi "apparaît plus motivé par sa rupture avec
Villepin qu'autre chose". L'ex-chiraquien Jean-François Probst
conteste cette version. "Bourgi s'est dépensé sans compter pour Sarkozy
auprès de nombreux chefs d'Etats africains lors de la présidentielle de
2007", a-t-il accusé dans Le Parisien. Il "a refait un deal avec Omar
Bongo, qui lui aurait donné - dit-on - 1 milliard de francs CFA"
(environ 1,5 million d'euros), a encore dit M. Probst, grand habitué,
comme M. Bourgi, des capitales africaines. Autre question soulevée
par la confession de l'avocat: pourquoi parler aujourd'hui après des
décennies dans l'ombre ? D'autant plus surprenant, relève son confrère
du barreau l'ancien ministre UMP Patrick Devedjian, qu'en dévoilant
ainsi les turpitudes auxquelles il dit avoir participé, M. Bourgi
s'expose à des sanctions pénales. Serait-ce, comme accuse M. de
Villepin, pour torpiller sa future candidature ? Mais était-ce
nécessaire pour barrer la route à ce candidat "qui n'a pas beaucoup
d'espérance" ? s'interroge M. Devedjian. M. Bourgi a sa propre explication: il a vu "trop de choses ignobles" et veut désormais "une France propre". Source texte :lepoint.fr Source vidéo: france24.com
|